Les techniques employées par Edgar Allan POE pour provoquer la peur dans « La chute de la Maison Usher »

Connu pour Le chat noir, le scarabée d’or ou La chute de la Maison Usher, Edgar Allan POE est un auteur du XIXème siècle qui a su s’illustrer sur plusieurs registres dont celui du fantastique. Deux siècles plus tard, l’écrivain est considéré comme l’un des spécialistes de ce genre, ouvrant la voie à de futurs successeurs dont le travail est respecté.
Dans ces conditions, il serait intéressant d’analyser les stratégies employées par l’auteur pour parvenir à susciter un ascenseur émotionnel intense chez le lecteur dans un genre aussi bref qu’est la nouvelle.
Cette étude portera tout d’abord sur les techniques d’écriture attribuées à la nouvelle “La chute de la Maison Usher” puis s’orientera sur l’intrigue comme moteur horrifique.


Afin de plonger le lecteur dans une ambiance de terreur, il est remarqué que Edgar Allan POE prête une attention particulière au champ lexical de la peur afin de provoquer cette dernière chez celui qui prend connaissance de la nouvelle. En effet, il est relevé les termes (traduits par Charles BAUDELAIRE) de “sombre”, “ombres”, “mélancolie”, “désolation” … Le nouvelliste emprunte donc une technique d’ancrage qui vise à ce que l’imaginaire associe l’histoire à des images plutôt noires voire négatives, ce qui renforce le côté dramatique. Une idée très souvent développée chez d’autres auteurs comme MAUPASSANT dans Le Horla où les mots liés à l’effroi se succèdent pour ressentir la démence du personnage. Le méticuleux choix des mots est donc un raccourci pour transmettre cette vive émotion qu’est l’angoisse.

Dans son histoire, POE multipliera également les références littéraires comportant une fin extraordinairement sadique. La bibliothèque de la famille Usher enferme Belphégor de Machiavel ou bien Vert-vert et la Chartreuse de Gresset. POE applique à nouveau la technique de l’ancrage, de l’association par idées de références déjà connues en ce siècle. L’écrivain fera un rapide clin d’œil à une de ses précédentes œuvres en faisant allusion, dès les premières lignes, au mangeur d’opium que l’on retrouve dans Comment s’écrit un article à la Blackwood. Une précédente histoire mettant en scène un rédacteur en chef tyrannique, soucieux de provoquer la peur afin de vendre davantage. Le mangeur d’opium était un article phare, cité en modèle aux nouveaux journalistes.

Après avoir démontré que Edgar Allan POE a apporté un soin particulier à la forme, il serait intéressant de se concentrer sur le fond de la nouvelle : l’histoire. Si l’on se réfère à la première scène, l’auteur a décidé que l’intrigue se déroulera dans une grande demeure (gothique?), personnifiée afin que le lecteur puisse s’identifier à cette maison, endroit privilégié à la croisée du public et de l’intime. L’affirme ce surnom de « Maison Usher » où les habitants du village associent librement les murs au nom de famille (Usher) qui se transmet de génération en génération. La maison, lorsqu’elle devient patrimoine et héritage, est considérée non plus comme un objet mais comme un membre de la famille à part entière. L’habitat tombe peu à peu dans la décrépitude, ce que l’on pourrait assimiler à la dégénérescence humaine. Le prouve ainsi la description de la façade qui tombe en ruines et le titre, où l’artiste décide d’illustrer sa « chute » spirituelle. Le lecteur sait d’avance qu’on ne s’intéressera pas aux heures de gloire, ce qui renforce l’aspect ténébreux et macabre de la nouvelle. L’auteur incite donc à se demander si le lieu a une incidence sur ses habitants ou bien l’inverse. Une question que l’on retrouve notamment dans l’oeuvre cinématographique de Stanley KUBRICK Shining où l’employé de l’hôtel ne déroge pas à la légende et, dans une folie sanguinaire, poursuit sa femme et son enfant pour les tuer.

Pour renforcer le côté étrange et mystique de sa nouvelle, POE exploitera l’inattendu, délivré par la chute de la nouvelle. La frontière entre les morts et les vivants se fait mince et le lecteur est perdu entre le réel et l’illusion. Entre la vérité et le faux. L’écrivain joue sur les perceptions du conscient. Une technique également employée dans le roman de STEVENSON L’étrange cas du docteur Jekyll et Mr Hyde où, grâce à un renversement de situation, les protagonistes découvrent que les apparences furent trompeuses et que la vérité résidait au-delà des postulats et des idées préconçues.


Au terme de cette analyse, il a été démontré que le champ lexical, l’intégration à de multiples autres références liées à l’horreur, l’intrigue mais aussi la chute de la nouvelle ont permis à POE de briller dans ce genre aussi efficacement.
Il resterait à savoir si aujourd’hui, aux prémices du XXIème siècle, caractérisé par ses attentats répétitifs et sa pandémie mondiale, la réalité ne serait pas plus sombre que la fiction…

Michaël BRICE

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :