Vivre sur son lieu de travail : solution ou enfer ?

Le télétravail a connu un essor considérable depuis 2020, année du Covid-19, qui a contraint les entreprises à trouver une réponse rapide à l’isolement des individus. Les lieux professionnels étant désertés pour se protéger du virus, les employés ont profité de cette opportunité pour développer leurs compétences informatiques en faisant connaissance avec de nouveaux logiciels. Toutefois, cette affectation a rendu de plus en plus poreuse la frontière entre la sphère professionnelle et personnelle.
Dans ces conditions, il serait intéressant de se demander si vivre sur son lieu de travail est-il une solution ou un enfer ?
Il sera analysé tout d’abord les avantages puis les inconvénients.

Le télétravail est apparu comme une issue pour de nombreux parisiens, qui avaient emménagé dans la capitale dans le but de se rapprocher de leur travail. En effet, comme le décrit Sibylle VINCENDON dans son article pour Libération intitulé A la maison, le télétravail a du mal à faire chambre à part , Paris propose des loyers au coût très élevé pour des surfaces souvent réduites. C’est pourquoi le travail à la maison (grâce à l’ordinateur notamment) est arrivé comme une révolution pour les individus qui souffraient du cadre de vie proposé par la capitale. Dès lors, le salarié devient nomade, mobile et peut assister à ses réunions en visioconférence, tout en rendant ses documents par courriel. Dès lors, le travail à la maison a eu un impact sur l’existence de nombreux individus, qui ont pu réaliser leurs aspirations personnelles. De même, il est expliqué que l’ameublement détient dès lors une double utilité. Fini les achats compulsifs et les objets qui prennent la poussière ! En passant du temps dans son appartement, l’habitant se familiarise avec son environnement et analyse les différentes positions de la lumière en fonction des heures de la journée.

Toutefois, il faut savoir que certains métiers s’exerçaient à la maison bien avant la crise du Covid-19. Les artistes, entre autres, travaillent souvent chez eux. C’est la thèse soutenue par Virginia WOOLF dans son essai Une chambre à soi où elle déclare que la femme a besoin d’un revenu bien à elle et d’une chambre pour accoucher d’un roman. Le travail apparaîtrait comme un plaisir et il deviendrait une distraction des tâches domestiques qui incombent la ménagère de 1929. Travailler à la maison, au début du XXème siècle, devient une revendication féministe. Cela permet à la femme de se réaliser professionnellement et intellectuellement.

Toutefois, il est important de souligner qu’une pièce (comme la chambre) ne suffit pas pour renfermer un secret. Celui-ci se déplace avec l’être qui en est à l’origine. Exemplaire est en ce sens le personnage de Sophie, domestique d’une famille bourgeoise dans La cérémonie de Claude CHABROL qui refuse de révéler qu’elle est analphabète. La protagoniste mise sur son impassibilité et c’est seulement dans son coin privatif qu’on découvre les efforts déployés pour parvenir à déchiffrer une simple liste de courses ou les boutons de la télévision. Sophie est dès lors au service de la famille, qui tente de la connaître davantage. Une colocation presque involontaire et malsaine où l’employeur peut analyser les allées et venues de la salariée, ainsi que ses fréquentations comme Jeanne, la postière du village (interprétée par Isabelle HUPPERT). Ils n’hésiteront pas à partager leur désapprobation concernant cette amitié naissante, liée autour de ce secret. Les tensions s’accentueront au fil du film au point d’en finir en bain de sang.

Du côté dé Paris, dans les années 1960, les domestiques habitaient dans le même immeuble que leur employeur mais à un étage plus élevé, marquant une séparation plus symbolique. C’est ce que l’on peut constater dans le film Les femmes du 6ème étage de LE GUAY. Les choses vont se compliquer lorsque Jean-Louis Joubert, le père de famille, va rejoindre les bonnes pour quelques jours et découvrir leur quotidien suite à une violente dispute avec son épouse. Il va être difficile, à de multiples reprises, pour les domestiques de partager leur vision de la vie et d’être elles-mêmes surtout lorsque Jean-Louis (interprété par LUCCHINI), ruiné, tentera d’enseigner aux salariées comment placer leur argent. Les femmes sont partagées entre la méfiance et la peur. L’arrivée de l’employeur sur leur lieu de vie apparaîtra au début comme un colonialisme, il tentera de faire entendre que son avis est le meilleur, jusqu’à que ces fameuses domestiques puissent prouver le contraire en lui faisant découvrir le vrai sens de l’existence.


Au terme de cette analyse, il a été proposé différentes visions où la maison ne détenait plus qu’une seule fonction (celle comme lieu de l’intime) mais plutôt comme celle où l’on manifeste une réflexion politique (sur le monde extérieur) où chaque action amène à faire avancer la société.
Il reste à se demander si le télétravail ne serait pas un instrument creusant les inégalités, un obstacle aux individus victimes de mal-logement ou un frein à la réinsertion professionnelle des sans-abris…

Michaël BRICE

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