La maison peut-elle être encore porteuse des rêves et des espoirs de l’humanité ?

Après avoir constaté une hausse du taux de violences conjugales pendant le premier confinement ainsi qu’un accroissement du nombre de sans-abris cette dernière décennie (selon les chiffres donnés par la Fondation Abbé Pierre), le foyer peut être perçu comme une prison pour certains individus, qui ont peut être assisté à des conflits familiaux lors des réunions de fêtes de fin d’année ou bien à Pâques.
Dans ces conditions, il serait intéressant de se demander si la maison peut-être encore porteuse des rêves et des espoirs de l’humanité ?
Il sera démontré en quoi la maison a été un instrument de cohésion sociale à travers les siècles.


Avant 1861, le territoire appelé aujourd’hui Italie était constitué d’un ensemble de Royaumes. En d’autres termes, les habitants vivaient sous une monarchie, avec une langue régionale, les dialectes. Toutefois, Giuseppe GARIBALDI, homme politique, né à Nice (ville autrefois italienne) nourrissait l’espoir d’une unité nationale, de transformer ces Royaumes en un seul et même pays. Le révolutionnaire a donc multiplié les interventions pour partager sa pensée politique et ainsi constituer une armée. Les partisans sont donc partis de la Sicile (du bas du territoire) grâce à l’Expédition des Mille pour conquérir ce Royaume et ont poursuivi en direction du Nord. Le lien social a ainsi construit l’Italie grâce aux rêves et aux espoirs de plusieurs femmes et de plusieurs hommes. DI LAMPEDUSA a immortalisé ce fait historique dans son roman Le guépard où il décrit ce moment de transition entre un Royaume et un pays. L’auteur utilise les personnages de Don Fabrizio et Tancredi pour souligner les clivages entre deux clans et pour symboliser l’affrontement des progressistes et des traditionnalistes.

De plus, l’architecture détient un rôle prépondérant dans la constitution d’une mixité sociale, un point fort du développement de l’humanité. Exemplaire est en ce sens LE CORBUSIER qui a inauguré, le 14 octobre 1952, La Cité Radieuse de Marseille (située au Boulevard Michelet). Comme le souligne Jean-Louis COHEN dans son livre aux éditions Taschen, l’immeuble avait pour but de reloger les sinistrés des quartiers détruits de la ville, au lendemain de la 2nde Guerre Mondiale (1939-1945). LE CORBUSIER étudie avec minutie ce qui constitue le bonheur de chaque individu et met à profit ses recherches sur ses plans. Il respecte la Charte d’Athènes des CIAM en mettant l’accent sur la luminosité (une belle entrée solaire pour chaque appartement), la verdure (grâce au parc environnant la Cité) et un espace assez large (en modulant les meubles). Afin d’apporter plus de confort à ses habitants, il ajoute à l’immeuble une maternelle et d’autres commodités comme un supermarché, un cinéma. Les propriétaires se sentent si bien dans cette Cité Radieuse qu’ils vont perpétuer la vie du bâtiment en créant une association où les personnes inscrites mettent à profit leurs compétences au service des autres occupants de l’Unité d’habitation. Ainsi, l’habitant ne pense plus à son bien-être individuel mais collectif. Certains vont constituer un club de danse, d’autres une bibliothèque etc. Ainsi, Le Corbusier a mis en place une micro-société heureuse, apportant de l’espoir à chacun après une 2nde Guerre Mondiale, laissant un pays en ruines.


Ce XXIème siècle n’est pas en reste et voit l’émergence de nouveaux modèles alternatifs d’habitation. Si, après le scandale ORPEA, les EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) sont dans le viseur de plusieurs individus à cause de la déshumanisation des retraités par le système, Stéphane ROBELIN propose un exemple intéressant de cohabitation dans son film Et si on vivait tous ensemble ?. En effet, dans cette œuvre cinématographique, Annie, Jeanne, Claude, Albert et Jean, septuagénaires, fuient rapidement l’EHPAD, représenté ici comme un endroit inconfortable où règne la dégénérescence mentale de ses occupants. Les retraités décident donc d’habiter ensemble dans la grande demeure de Claude et de sa femme et de s’aider mutuellement face aux difficultés quotidiennes des personnes du troisième âge : crises d’Alzheimer, disputes intra-conjugales etc. Dès lors, la maison apparaît comme un espace communautaire fondé sur un socle de valeurs comme l’entraide et la sociabilité, ce qui inspire la jeunesse. Dirk, étudiant, emménagera à son tour dans ce foyer afin de filmer et d’analyser le quotidien de ces amis pour développer cet exemple dans sa thèse. Pour Stéphane ROBELIN, la maison n’est pas un objet architectural, le réalisateur n’insiste pas sur le fait que ce soit une propriété mais un modèle de consommation collaborative où chacun apporte sa contribution si bien sous forme matérielle que de prestation ou de service. Il peut être cité les passages où Dirk promène le chien d’Albert pour éviter les désagréments d’une crise d’Alzheimer pendant la ballade. 

Enfin, dans une société toujours plus oppressante à cause de la multiplication des tâches à accomplir et des notifications à consulter, de plus en plus d’individus ont décidé de prendre du recul et de s’éloigner de la civilisation tout en se reconnectant avec la nature. En effet, les années 2010 ont vu l’essor d’un nouvel exemple d’habitation : la cabin wood (= cabane dans les bois) ou la tiny house. En s’écartant de la société, les personnes retournent à une vie simple pour concentrer leur attention sur l’essentiel : réaliser leurs rêves, l’essence de leur existence. Sylvain TESSON développe ce point dans son livre Dans les forêts de Sibérie . L’écrivain-voyageur décrit son expérience comme reclus de la société en 2010, où il s’installe six mois dans une cabine au fond des bois sur la côte nord-ouest du lac Baïkal, loin des apports technologiques. TESSON atteste dans son carnet d’ermitage qu’il a allié des activités de survie (pêche, marche, couper du bois…) à ses occupations préférées (la lecture, l’écriture, la vodka et le cigare). Des loisirs propres à chacun que tout citadin ne peut s’octroyer comme l’esprit est dispersé sur mille autres tâches à accomplir. L’écrivain contraste entre ces différentes perceptions. Réaliser son activité préférée peut être perçu en ville comme une récompense à la fin de la journée alors qu’en campagne, il est d’ordinaire de les inscrire dans son quotidien. L’explorateur s’intéresse à la question et reporte les propos du géographe Elisée RECLUS. Ce maître-anarchiste pense qu’à l’avenir, grâce à Internet, toute la surface du globe sera couverte, une réponse à la densité croissante. L’écart entre la campagne et la ville se réduit et il est assez facile d’équilibrer à présent progrès technique (connexion) et nature.

Au terme de cette analyse, il a été constaté que l’habitat détient une fonction capitale dans l’Histoire de l’Humanité. Sa construction reflète la volonté d’un individu (ou d’un peuple) de grandir, d’évoluer et de laisser son empreinte pour les siècles à venir.
Il reste à se demander si, à l’avenir, l’espoir des ukrainiens se percevra sur leur nouvelle architecture et si la guerre aura eu un impact de la culture russe sur cette dernière.  

Michaël BRICE 

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